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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Ce qu'un formateur n'est pas (1/10) : un inquiet !

Ce qu'un formateur n'est pas (1/10) : un inquiet !

Comme souvent, avant d'utiliser un mot, il convient de le définir, d'y donner du sens, de se mettre d'accord sur les notions utilisées. 

Aussi, discipliné, je m'emploie à fournir la définition du dictionnaire (une référence me direz-vous... une parmi tant d'autres)... et voici comment Larousse définit le terme inquiet : "Qui est, par nature, agité par la crainte du danger, l'appréhension de ce qui va arriver" !

Nous pouvons déjà souligné la notion d'inné ("par nature"), à moins qu'il ne s'agisse d'une compétence (et là, les pédagogues vont s'en donner à coeur joie) et la seconde notion à illuster, la peur ("crainte du danger", "appréhension")... bref, un formateur ne doit pas avoir peur... oui, mais pas que !!

 

Un formateur n'est pas un inquiet pour 2 raisons :

- il doit rassurer ses apprenants

Bien sûr, au risque de passer pour un enfonceur de portes ouvertes, je le dis, un formateur donne confiance tant en matière de contenus, qu'en matière de méthode pédagogique, qu'en exprimant la capacité de l'apprenant à réussir !

  • Sur le contenu, c'est le plus simple... En effet, tout formateur expérimenté le sais : avec beaucoup de conviction, tout est bon ! Bien sûr, Internet (entre autres) fixe de plus en plus des limites au dogme du formateur et c'est tant mieux.... Malgré tout, l'apprenant, les yeux rivés vers les lèvres du formateur, installé tout en haut de son piedestal (l'estrade bien sûr) attend que la vérité lui soit enfin dévoilée et que la science inonde son esprit embrumé. J'ironise, et pourtant, ce n'est pas si éloigné de la vérité. L'apprenant fait une confiance naturelle au formateur par sa connaissance pré-supposée du contenu de la formation. Aussi, certains que les formateurs mettent un point d'honneur à valider le contenu de leurs cours et de leur apports, le formateur met en valeur le fameux triangle pédagogigue de Houssaye  que j'ai développé dans l'article précédent. Il rassure l'apprenant quant au contenu de la formation comme autant de compétences liées à l'emploi. De plus, expert qu'il est dans le métier visé, le formateur donne du sens à l'apprentissage en passant un temps important à expliquer les enjeux du travail à accomplir par rapport à l'acquisition du métier. 
  • Sur la méthode pédagogique. Si, comme je l'ai précisé dans l'article consacré à l'impact du numérique dans le métier de formateur, la connaissance est extérieure à celui qui enseigne, la méthode, elle, est bien sa principale préoccupation. En effet, l'acte de former consiste à emmener, à accompagner l'apprenant dans son apprentissage en évitant, autant que possible de distiller un quelconque savoir... Les cours magistraux n'ont que peu d'intérêt pédagogique, au mieux, ils font plaisir à l'intervenant qui, lui, pourra se satisfaire de son travail... mais qu'en est-il de l'apprenant ? ... Partant du principe que le formateur ne transmets rien, mais aide l'apprenant à trouver et à acquérir la connaissance, il est bien du ressort unique du formateur de déterminer la méthode pédagogique la plus pertinente... Le formateur rassure alors son auditoire dans sa maîtrise des différentes méthodes pédagogiques possibles et sur le choix qu'il a fait à un moment déterminé, avec un groupe déterminé, par rapport à un objectif déterminé sur la manière qu'il a jugé la plus pertinente pour développer telle ou telle compétence. Un formateur est avant tout un pédagogue...
  • Sur la capacité à réussir ...En effet, l'histoire de l'éducation a mis l'enseignant dans une posture particulière : "celui qui sait... donc qui dit vrai" ! Sans entrer dans aucune controverse sur le sujet, le formateur pour adultes s'aperçoit tous les jours que ces mécanismes construits dans l'enfance se répercutent à l'âge adulte. D'ailleurs, chaque parent n'est-il pas responsable quand il dit à ses enfants "...et surtout, tu écoutes la maîtresse !!" ? Bref, des études ont montré l'influence que celui qui enseigne (l'enseigneur ? c'est mieux qu'enseignant, mais ça reste très hiérarchique !) peut avoir de part sa posture sur les élèves ou les apprenants. Pour cela, je vous invite à lire l'expérience de Robert Rosenthal, intitulée l'effet Pygmalion.. Bénéficiant d'une certaine légitimité de part sa fonction, le formateur doit (il a le devoir) de rassurer l'apprenant sur sa capacité à réussir ; quelle que soit l'opinion que porte réellement (et à tort) le formateur. L'apprenant est en difficulté par nature, il est consciemment incompétent, il sait qu'il ne sait pas... aussi, il s'interroge nécessairement sur sa capacité à réussir. Donner confiance, c'est non seulement déclarer la capacité à l'apprenant à Savoir, mais c'est surtout le penser... En effet, nombre de formateurs tombent dans le piège de certaintes légendes urbaines : "il faut du temps pour apprendre", "pour telle compétence, il faut avoir tel niveau"; "tout le monde n'est pas capable de ..."........... Toutes ces généralités sont une offense à l'intelligence individuelle et à la capacité à réussir ....... les apprenants en sont pétris, autant nous, formateurs, les dépasser et faire croire, à juste titre que tout est possible !

 

- il doit avoir un équilibre personnel 

Ce second point est beaucoup plus délicat que le premier. En effet, j'affirme que l'apprenant est une victime : il est victime d'un conditionnement depuis l'enfance où le maître a raison, qu'il posséde la science, et que le bon élève doit s'assoire derrière une table, prendre une feuille afin de noter toutes les choses érudites que le Sachant présente, puis être capable de les restituer sous différentes formes pour montrer que son petit cerveau s'est un peu agrandi............... merci !!

Il est victime aussi d'une situation où l'apprentissage ramène à tout âge au point de départ... Un professionnel qui a 20 ans d'expérience et doit se reconvertir, pour x raisons, dans un autre métier, est un débutant qui, s'il ne part pas de zéro, n'en reste pas moins au premier barreau de l'échelle... vis-à-vis de ses pairs, mais parfois du formateur, souvent d'une institution voir d'une société !

Il est victime aussi de la confiance qu'il place naturellement dans ledit formateur ! C'est (espérons-le) un expert dans son métier, donc il sait (et oui, on recommence). A ce sujet, en formation de formateurs, il est drôle (au sens cynique du terme) de constater qu'en exercice d'animation de séances de formation, les formateurs eux-mêmes se mettent instinctivement dans la peau de l'apprenant qu'on ne souhaite plus avoir ... ils suivent aveuglement des consignes incompréhensibles sans se poser la moindre question... 

Aussi, au regard de ces constats se pose la question de l'équilibre du formateur. En effet, vous le voyez bien, la manipulation d'un formateur peut devenir facile (à court terme en tout cas)... on lui attribue un rôle et un pouvoir, un niveau, des vérités......... qu'en fait-il alors ? 

Le formateur prend-il conscience de la situation et devient-il prudent quant à ses méthodes, ses contenus, ses évaluations, ses propos, ses jugements ? Oui, souvent, en tout cas, s'il est  clairvoyant envers lui-même : ses connaissances, ses compétences, ses méthodes, ses vérités, son attitude, la perception que l'on a de lui, sa responsabilité, etc.

Alors, songez à un formateur qui aurait besoin de se faire valoir ? Besoin de reconnaissance ? Besoin de se rassurer lui-même ? Besoin de vérifier ses compétences ? Besoin d'être aimé ? 

Quid de sa pratique s'il n'est pas équilibré dans son for intérieur ?

Alors, bien sûr, comment savoir si ce fameux formateur est équilibré ? Je n'aurai qu'une réponse pour l'instant : le formateur fait-il preuve de suffisamment d'humilité pour s'interroger sur sa responsabilité quant à l'échec d'un apprenantissage ou d'un apprenant ?

 

 

 

 

 

 

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