Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Ce qu'un formateur n'est pas (2/10) : un savant !

Ce qu'un formateur n'est pas (2/10) : un savant !

Pour démarrer ce deuxième épisode de ma série, je vous propose quelques citations sur le thème "savant":

  • La vision hautaine du savoir: "Un jour d'un homme savant vaut mieux que toute la vie d'un ignorant" La Perse (1793)
  • La vision humoristique du savoir: "Un sot qui ne dit mot ne se distingue pas d'un savant qui se tait" Molière (1656)
  • La noble vision du savoir: «Le savant le plus grand est celui qui connait les limites de son savoir, c'est-à-dire l'infini de son ignorance» Serge Bouchard (1996)
  • et la vision professorale du savoir: "L'instruction fait des savants, l'éducation fait des hommes" de Nicolas Massias (1823)

​​

Vous le voyez, le thème du savoir déclenche rapidement, et à toute époque, une série de sentiments et d'opinions très contrastés... De l'admiration au dédain, en passant par le sérieux, l'humour ou l'universalité...

​Aussi, aborder le sujet du savoir de l'enseignant risque fort de m'attirer les foudres d'un tas d'érudits conceptuels qui, forts d'un bâton de bois vert, me ferait passer l'envie de remettre en cause les marches difficilement acquises de l'estrade dominante où le professeur déverse la science dans les becs grands ouverts des ignorants !

Ceci étant dit et afin d'appuyer mon propos, je vais aborder le sujet par un angle différent, celui de la compétence !

Si le savoir est universel et n'appartient à personne (mis à part le créateur !!), sa transmission relève d'un mécanisme simple :  j'ai la connaissance du savoir ; je la transfère par répétition ou autre méthode pédagogique ; l'autre sait ;  le savoir est transmis... Dans ce mécanisme simple, le professeur dépossédé lui aussi d'un savoir qui ne lui appartenait quand même pas, a réalisé sa mission après avoir vérifié que le nouveau sachant est capable de restituer le savoir sous une forme d'évaluation quelconque !

Dans cette vision simpliste, l'apprenant recherche une information sur Internet, il en prend connaissance, il sait ... Certes, il manque l'évaluation, mais la transmission est réalisée !

Dans la formation professionnelle, ce qui différencie, entre autres, la relation de l'élève au savoir est que l'apprenant vient acquérir des compétences et non du savoir. Il sera jugé au final par des (futurs) pairs, qui vérifieront que le candidat à l'emploi possède bien les compétences attendues en début de carrière. 

La formation professionnelle se targue de se distinguer de la scolarité en préparant à l'emploi. Pour cela, elle fait appel à des experts métiers, des formateurs, dont les compétences professionnelles ont été vérifiées par un "super expert" et à qui l'institution a donné des compétences en pédagogie pour adultes.

L'apprenant en formation professionnelle se retrouve donc face à un "pro", quelqu'un capable de faire une démonstration d'un geste professionnel et qui obtient un résultat souvent jugé impressionnant, engendrant l'admiration de l'apprenant... à juste titre peut-être ! Après tout, un enfant trouve légitimement "magique", la conduite d'une voiture, puis lorsqu'il devient adulte, il trouve cela très simple ...

Pour aller plus loin dans ma démonstration, il convient de s'entendre sur la notion de "compétence"... Ce concept est d'autant plus intéressant qu'il ne fait l'objet d'aucune définition universelle dans la communauté pédagogique. Ains, le dictionnaire Larousse parle d'aptitude d'une autorité, ou encore de capacité reconnue ... Lorsque l'on sait que l'aptitude est une "disposition naturelle" et la capacité est une "aptitude", on comprend vite que se mettre d'accord sur la compétence ne va pas être simple. 

Si l'apprenant vient acquérir une compétence et que la compétence est innée, quelle est la solution ? 

Je vous propose donc un petit exercice : imaginons que vous soyez un boulanger reconnu et qu'à ce titre vous participiez à un jury d'examen pour des apprentis boulangers. La compétence évaluée est : réaliser un pain de campagne... L'apprenti réalise le travail demandé et vous présente un pain de campagne dont l'aspect visuel ressemble au résultat que vous attendez. Vous goûtez le pain en question et il répond à vos critères gustatifs. Question : l'apprenti a-t-il la compétence "réaliser un pain de campagne" ?

Si vous avez répondu "oui", et que vous n'êtes pas un expert pédagogue, rassurez-vous, c'est normal... Si vous avez répondu "non" et quelque soit votre expertise pédagogique, vous avez raison... En effet, qu'est ce qui vous prouve que l'apprenti n'a pas réussi son pain par hasard, ou pire, par erreur ? 

M'appuyant sur cet exercice, je vous propose une définition simple de la compétence professionnelle : elle est l'addition de 3 éléments :

 

compétence = un savoir-faire + un savoir-être + une expérience 

 

Tout d'abord, le savoir-faire. Il s'agit  justement que ce qui a manqué à notre apprenti... le savoir-faire, c'est la méthode, l'explication des étapes nécessaires à la réalisation de l'acte professionnelle. C'est aussi le geste professionnel, la manière de tenir et de manier l'outil, la nécessité de suivre un processus obligatoire (chimique par exemple) ou conseillé et reconnu dans d'autres compétences. 

Ensuite, le savoir-être. Quand bien même notre apprenti a-t-il réussi son pain, quel est l'état de propreté de son poste de travail ? Quelle dextérité a-t-il ? Quel est son niveau de productivité ? Sans rentré dans des débats infinis sur les notions d'inné ou d'acquis, le savoir-être est la partie comportementale de la compétence, c'est le sourire du vendeur, la rigueur du comptable, la résistance physique de l'ouvrier du bâtiment, l'application du soudeur... 

Enfin, l'expérience. En effet, peut-on parler de compétence lorsque l'apprenant n'a pas mis en application ses savoirs-faire et savoirs-être et n'a donc obtenu un quelconque résultat de sa pratique ? Auriez-vous pu valider l'apprenti s'il vous avez juste expliqué la méthode de réalisation du pain, montré sa réalisation sur le poste de travail, sans jamais faire cuire sa préparation et la goûter ?

 

Or, vous le comprenez, cette même compétence est totalement et définitivement propriété de l'individu qui l'a construite. Le savoir-faire, qui est le respect d'une méthode est nécessairement adapté par l'individu qui l'exerce (exemple de la conduite automobile), un même résultat peut avoir pour origine des savoirs-faire différents... La méthode n'est pas toujours unique ! Pourquoi l'apprenant souhaite-t-il alors que son formateur (un et unique) soit en capacité de maîtriser toutes les méthodes et tous les savoirs-faire ? Comment veut-il qu'il lui inculque une méthode que l'on peut juste construire individuellement ? 

D'autre part, le savoir-être est aussi intimement lié à l'individu et à ses capacités ou aptitudes personnelles ? L'apprenant doit-il adopter les traits de caractère, la personnalité d'un autre pour acquérir la compétence ?

Et enfin, l'expérience est liée à l'histoire une et unique du formateur ? Comment transfère-t-il cette histoire chez l'apprenant ? 

 

Alors non, le formateur n'est pas un sachant dans le sens où il n'est pas le détenteur d'un savoir, et que le savoir n'est pas la finalité de la formation. Le savoir est extérieur à la relation formative, elle appartiendrait à la relation enseignante tant que la technologie numérique n'aura pas officialisé les savoirs universels, alors se posera sérieusement la place du professeur, de l'enseignant...

Le formateur possède-t-il des compétences professionnelles ? Bien sûr que oui, c'est l'excellence de la formation. Pour autant, nous l'avons vu, la compétence ne se transfère pas, elle est une et unique ! La question sera de savoir à quoi servent les compétences du formateur...

Le formateur compétent n'est pas plus un sachant qu'un savant car sa compétence ne peut pas être dissociée de son individu. Alors, pas de démonstration inutile, pas de transfert de quoi que ce soit, pas d'approche magistrale pour former.

Aussi, me risquerai-je humblement à ma propre citation :

 

"Le vrai savant n'est pas celui qui répond, c'est celui qui interroge"

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
David Masson


Voir le profil de David Masson sur le portail Overblog

Commenter cet article