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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Ce qu'un formateur n'est pas (3/10) : un dictateur !

Ce qu'un formateur n'est pas (3/10) : un dictateur !

Le formateur, professionnel emblématique de la formation professionnelle, requiert un équilibre constant entre ses traits de personnalité, ses compétences techniques, sa pédagogie et surtout sa relation à l'autre, l'apprenant... Perpétuellement poussé sur les devants de la scène par les apprenants eux-mêmes mais aussi volontairement au centre de la problématique de formation, le formateur peut aisément tomber dans quelques travers liés à sa position. Aussi, après avoir affirmé qu'il n'était ni un inquiet, ni un savant ; je reviens à la charge avec une autre affirmation : il n'est pas un dictateur !

 

Le mot est provocateur et pourtant il couvre plusieurs réalités liées à la relation à l'apprenant et  aussi au savoir.

 

La relation à l'apprenant : du modèle à l'exemple !

 

Comme nous l'avons étudié dans des articles précédents, le formateur est à un angle du triangle pédagogique. Ainsi, les 3 éléments qui constituent le triangle de Houssaye conservent chacun leur position et leur rôle : l'apprenant d'un côté, le savoir de l'autre, et enfin le formateur qui accompagne et tutore les apprentissages. 

 

 

Ce qu'un formateur n'est pas (3/10) : un dictateur !

Après avoir établi ce triangle avec ses apprenants, le formateur clarifie les rôles et explique son retrait dans la relation entre l'apprenant et le savoir : le formateur n'est pas un possesseur de sciences et de connaissances qu'il déverse dans l'esprit de l'apprenant. Aussi, ne doit-il pas se positionner comme un modèle à suivre comme nous l'avons étudié dans les 2 articles précédents.

Formaté par un système d'éducation acquis au cours de l'enfance, l'apprenant est en recherche de modèle et souhaite par dessus tout des démonstrations, des analyses du professionnel, de celui qui maîtrise le geste. Le formateur peut être tenté alors de flatter son égo par une petite démonstration mais retarde ou déforme alors l'apprentissage. En effet, face au modèle, l'apprenant copie, il ne créé pas ! Si l'on établit que la compétence est unique et individuelle, la démonstration ne facilite pas la construction du savoir, elle la pervertie et la retarde. 

Si le formateur n'est pas détenteur de la compétence ou du savoir (et il ne doit pas l'être), comment pourrait-il imposer une méthode ou une pratique ? C'est bien l'objet de cet article...

Alors, lecteur, peut-être ici serez-vous perdu... Le formateur ne doit pas savoir, il ne doit pas montrer, il ne doit pas imposer ou contraindre à une méthode... mais alors que fait-il, à quoi sert-il ? C'est la question la plus fréquente, rassurez-vous!

Oublions donc la notion de modèle : non détenteur du savoir, le formateur n'est pas l'homme à suivre ! Par contre, il a l'expérience suffisante pour détenir une partie des savoirs professionnels et la compétence pédagogique pour aller chercher les savoirs qu'il n'a pas lui-même. Il a donc une vision très large des compétences du métier et des connaissances liées à ces gestes professionnels. 

Quel pourrait être un rôle plus glorifiant qu'aider chacune apprenant à construire sa propre méthode, ses propres compétences ? C'est bien là que se joue sa relation à l'apprenant : ne pas imposer un geste mais accompagner l'autre à trouver le geste qui, parvenant à un résultat satisfaisant au regard de la compétence attendue, lui correspond au mieux en fonction de ses habilités et de ses capacités ...

 

Bien sur, certains ont du mal à lire ces lignes ! Le geste professionnel de l'artisan est presque divin et doit être reproduit pour respecter les traditions et la déontologie du métier ? Il ne faut jamais remettre en question la méthode et la suivre aveuglement ? Comment parler de validation de compétence si l'on accepte que les savoirs-faire puissent être différents ? L'apprenant lui-même se refuse à se voir proposer plusieurs méthodes : comment puis-je apprendre si l'on me propose le choix ? C'est bien ce formatage qu'il faut déconstruire !

Je le répète : la compétence est unique et propre à chaque individu ! Si le formateur accepte et fait accepter de ne pas être un modèle, il peut jouer le plus beau rôle qui soit : aider l'apprenant à se construire sa propre compétence et le laisser libre des savoirs qu'il construit ! Car oui, il s'agit d'une forme de liberté qui laisse l'apprenant perplexe et le scolaire anéanti. 

 

Pour autant, le formateur se doit d'être un exemple. En effet, représentant d'un métier ou de compétences, il ne peut être crédible dans sa position qu'à la condition d'appliquer lui-même les exigences de la compétence. Comment demander à des cuisiniers d'avoir une tenue vestimentaire irréprochable si le formateur ne la porte pas lui-même ? Comment exiger de la ponctualité si le formateur n'est pas à l'heure ? Comment exiger que l'apprenant soit ordonné si le professionnel ne range rien ? 

Le formateur est un exemple, non pas dans le sens de celui qu'il faut suivre ou imiter, mais dans le sens où il représente un exemple du métier, on en revient bien encore au triangle pédagogique !!!

Ce qu'un formateur n'est pas (3/10) : un dictateur !

La relation au savoir : l'humilité du formateur 

 

Réaliser un métier durant de nombreuses années peut sous-entendre que le professionnel a un niveau de compétences important. Je nuance mon propos car je reste convaincu qu'on peut rester longtemps mauvais... Bref !

Aussi, le formateur, expert dans son métier est-il considéré à juste titre comme compétent dans l'intégralité des compétences qui le compose. Il est considéré ainsi par les organisations (organismes de formation, ministères, etc.), par l'apprenant bien sur, par ses pairs (les autres formateurs de la spécialité) et évidemment par lui-même. Le professionnel évalue à juste titre qu'il a acquis une expérience donc des compétences et il ne serait pas naturel d'éprouver un sentiment contraire. Or, pour arrêter son raisonnement ici, il faudrait établir une universalité des compétences et de leur niveau d'acquisition. 

Souvent, une échelle est proposée dans l'acquisition des compétences du type :

Débutant

Confirmé

Expert 

 

D'autres vocables existent pour présenter la même idée de maîtrise. Pour autant, tout le monde n'utilise pas les même vocables, ce qui montre déjà la difficulté à uniformiser ces niveaux, mais surtout, aucune institution n'a établi les critères précis de niveau de compétence. Ainsi, un expert en plomberie a-t-il forcément les mêmes compétences et le même niveau de compétences pour tous les gestes ? Bien évidément non ! 

 

L'expert est donc convaincu qu'il est compétent, alors que rien ne permet de l'attester officiellement et que tout le monde s'accorde pourtant à lui reconnaître ses compétences !

Si cet expert ne devenait pas formateur, cela poserait moins de problèmes. En effet, face à l'apprenant qui attend de lui d'être un modèle (ce qu'il est non ? ), et face aux pédagogues qui lui dise qu'il ne doit rien savoir car la connaissance est extérieure à lui dans le triangle de Houssaye, que de conflits en perspective !!

Etre reconnu pour des compétences que l'on ne doit pas mettre en avant et sur lesquelles on ne doit pas s'appuyer .... c'est bien un chemin intéressant pour mener à une forme de sagesse !

Le processus d'apprentissage passe par 3 étapes  :

1. l'apprenant est inconscient de son incompétence (avant la formation)

2. l'apprenant est conscient de son incompétence (durant la formation évidemment)

3. l'apprenant est conscient de sa compétence (dans l'emploi)

Pourtant, il existe à mon sens un 4éme stade :

4. le professionnel devient insconscient de sa compétence 

Ce que j'entends par là, c'est qu'il a acquis un tel niveau de compétence qu'il ne mesure plus son savoir-faire, c'est devenu de l'ordre du réflexe. Pour illustrer ce propos, nous pouvons prendre l'exemple de la conduite automobile qui devient tellement naturelle que le conducteur est capable de réaliser bien d'autres choses en conduisant... 

D'ailleurs les formateurs les plus anciens ont remarqué ce phénomène quand d'anciens stagiaires devenus des professionnels reviennent les voir et disent souvent qu'ils n'ont pas appris grand chose en formation... 

Arrivé à ce 4éme stade, le professionnel qui devient formateur doit acquérir de nombreuses techniques pédagogiques pour apprendre à "faire faire". La compétence ancrée devient souvent difficile à expliquer et c'est bien le rôle central du formateur. Prenez chacun l'exemple de la conduite : essayez d'expliquer comment conduire une voiture, et vous vous apercevrez que vos évidences sont autant de difficultés pour le jeune qui apprend à conduire !

Et pour finir sur ce thème, j'ajoute donc un 5éme stade : 

5. l'expert devenu formateur doit accepter qu'en fait il ne sait rien___ ce qui serait le stade ultime de la compétence !

 

Tel Gabin dans sa chanson : "Je sais, Je sais.... je sais que je ne sais rien", le formateur développe suffisamment d'humilité pour accepter que ses compétences ne soient pas universelles, qu'il n'est pas le détenteur du savoir absolu, qu'il a une vision naturellement parcellaire de la compétence et qu'ainsi il ne peut pas s'appuyer sur son expertise pour former des apprenants.....................de plus, le formateur doit se battre contre des apprenants qui ne cherchent qu'à valoriser son expertise,  si ça ce n'est pas le comble del'humilité ..........................

 

 

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