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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Ce qu'un formateur n'est pas (4/10) : un fataliste

Ce qu'un formateur n'est pas (4/10) : un fataliste

Comme souvent, pour affirmer qu’un formateur n’est pas, non plus, un fataliste, il convient de s’accorder sur le sens même de ce terme. Ainsi, parmi les idées principales qui se dégage du fatalisme, peut-on citer :

  • Qui s’échappe à la volonté humaine
  • Qui relève d’une puissance supérieure
  • Qui laisse le destin suivre son cours
  • Qui abandonne le combat

Bref, je pourrai arrêter là mon article, l’élément central étant dévoilé. Le formateur doit être courageux, toujours y croire, distribuer de l’optimisme à tout va et conditionner ses apprenants dans une spirale de la réussite… Or, il convient d’approfondir mes propos en 2 points principaux :

Pygmalion ou Golem ?

 

Dans une école américaine, plusieurs chercheurs proposent à l’équipe pédagogique de tester un nouveau questionnaire permettant de prévoir les résultats d’un élève en fin d’année. Pour cela, et avec l’accord des enseignants, ils réalisent une série de tests sur les élèves dès le début de l’année scolaire, puis réunissent l’équipe pédagogique et annoncent leurs prévisions. Pour cela, ils listent les élèves sondés et annoncent nominativement la liste de ceux qui devraient accroître leur résultat, ceux qui vont stagner et ceux encore qui vont voir leurs résultats diminuer.

L’année scolaire se déroule, puis l’équipe de chercheurs revient et fait à nouveau passer des tests aux élèves. Les résultats sont comparés aux prévisions et dans la grande majorité des cas, les estimations s’avèrent exactes.

Jusque-là, tout irait bien, si ce n’est que la liste nominative établie au début d’année n’a pas été réalisée à l’aide de tests réels mais en piochant au hasard parmi la liste des élèves. Ainsi, l’étude portait réellement sur l’équipe enseignante et sur le conditionnement que son attitude peut avoir sur le résultat des élèves.

Que faut –il retenir de cette expérience ? Bien sûr, l’enseignant qui croit dans la capacité de réussite de l’apprenant n’est pas une garantie de réussite, ce serait trop simple, pour autant il y a fort à parier que le conditionnement inverse peut avoir un impact : un enseignant qui a des idées préconçues sur les capacités des apprenants et sur leur chance de réussir risque fort de mettre en place une attitude, voir un comportement amenant à confirmer son a priori.

D’autre part, comme je l’ai développé dans les premiers chapitres de cette série, l’apprenant est « conditionné » à placer le sachant sur un niveau « supérieur »… Il sait, donc ce qu’il dit prend une valeur particulière : « si lui-même pense que je n’y arriverai pas………………….. ; »

Si la connaissance passait par des étapes, elles pourraient être :

  1. Je ne sais pas que je ne sais pas : ne pas être conscient d’ignorer, logique
  2. Je sais que je ne sais pas : je découvre que mes connaissances sont limitées
  3. Je ne sais pas que je sais : j’ai appris mais je n’en ai pas pris conscience
  4. Je sais que je sais : j’ai mesuré et validé mes connaissances
  5. Je sais qu’il ne faut pas savoir : j’ai compris que douter est plus fort que savoir

Le formateur, humain parmi d’autres est confronté à ses croyances, ses jugements, ses cadres de référence…. Ne pas être fataliste, c’est en avoir conscience mais être capable de faire taire ses représentations pour ne pas se conditionner et conditionner l’apprenant … vaste chantier !!

Les légendes urbaines de la connaissance et de l’apprentissage

Si nous maîtrisons aussi bien l’atome aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’à l’origine, l’homme des cavernes qui a découvert le feu l’a transmis à ses congénères… Oui, bien sûr, je grossis énormément le trait, et pourtant, la culture et la connaissance traverse l’histoire à travers la transmission des anciens. Ainsi, et par essence, l’histoire est porteuse de vérités qu’il convient à la fois de respecter mais aussi de « reproduire », ou tout du moins de perpétuer !

A titre d’illustration, j’évoquerai trois sujets :

Le principe de reproduction sociale : le fils d’ouvrier a toutes les chances de devenir ouvrier lui-même car son cadre familial l’y conditionne, le fils de cadre idem… Bien sûr, de bien plus instruits que moi expliqueront fort justement que le conditionnement seul n’explique pas tout… les moyens financiers en sont une cause ainsi que le niveau intellectuel ou plus exactement le niveau de connaissances permettant d’imaginer et d’accepter d’autres horizons…… etc, etc etc ……. Certes !!

Pour autant, si ce phénomène peut s’expliquer avec de beaux concepts sociologiques, la réalité du formateur se retrouve confrontée à des publics conditionnés par leurs capacités bien plus encore que leur chance de réussite… Florilège : « j’ai toujours été nulle en maths… » « mon père n’accepte pas que je veuille faire une carrière artistique » ; « ce métier là, c’est pas pour un gars comme moi », et le plus atroce « je sais que je ne suis pas intelligent » !!

Combien de barrières notre société n’a-t-elle pas créées ?

Le système de diplômes

En ne valorisant pas les filières techniques par rapport à l’enseignement général, la société a laissé se créer des niveaux dans les métiers et dans les écoles, les diplômes. En construisant un système de diplôme sous forme de « passeport », il faut un bac pour entrer dans un cursus bac +… l’école a laissé croire et laisse encore croire que le diplôme est synonyme de savoirs, voir, traduits dans l’esprit du commun des mortels, d’intelligence !

Ainsi, la personne peu instruite est-elle consignée à des métiers en lien avec son niveau de diplôme… Si personne ne l’a jamais dit, je vais en assumer la responsabilité, l’école peut se targuer de développer des capacités cognitives, pas des connaissances ! En effet, qui peut m’expliquer en quoi l’apprentissage des matrices en fac de droit est utile (professionnellement) pour un métier juridique ? Oui, messieurs et mesdames les professeurs, nous avons sans aucun doute oublié 95% des contenus de vos cours, pour autant quels mécanismes cognitifs avons-nous acquis à travers les dissertations, les résolutions de problèmes, les rédactions de mémoire, etc ?

Aussi, pourquoi ne sont-ce pas ces capacités cognitives et un seuil minimum de connaissances qui sont exigées à l’entrée en cursus plutôt qu’un autre diplôme ?

 

La légende du connoisseur :

Il était une fois une couturière qui réalisait les plus belles robes de soie que le royaume n’avait jamais vues. Des dizaines d’années d’expérience lui ont permis d’acquérir des compétences incroyables que la jeune apprentie qu’elle a accepté de former fort généreusement mettra des décennies à apprendre, et sans doute, moins bien !

Combien de formateurs n’ont pas entendu les mêmes phrases que moi « oui, je comprends, mais il me faudra du temps », « on ne peut pas y arriver du premier coup » « ce n’est pas possible d’apprendre vite, il faut laisser du temps au temps », etc, etc, etc…

A contrario, et parce que les exemples extrêmes sont parfois parlants, pensez à ce jeune chinois (surdoué bien sûr) qui a appris la langue allemande en 6 jours ! Bien sûr que c’est une exception, mais elle existe et elle montre que la légende qui veut qu’il faut du temps (souvent beaucoup d’ailleurs) pour apprendre perdure et vivra encore longtemps. Aussi, le formateur se retrouve face à des publics qui pensent qu’ils ne peuvent pas apprendre rapidement, que le faible niveau d’étude ne permet pas d’atteindre certains métiers, qu’il ne faut traiter qu’ un sujet à la fois, qu’il faut ressasser longtemps pour comprendre, qu’il faut savoir par cœur, qui a besoin de se rassurer en ayant accompli un acte avec brio un certain nombre d’essais pour se persuader qu’il commence à savoir faire !!

A l’opposé, le compétent (tiens, le formateur pourquoi pas) qui maîtrise un sujet et qui a pris une partie de sa vie à le faire accepte-t-il aussi facilement qu’un nouveau sache faire aussi bien (ou presque bien sûr) rapidement ?

Pour autant, nous ne sommes pas égaux face à la maladie et nous ne sommes pas égaux non plus face au travail : certains réussissent vite et bien, d’autres mal et longtemps ! C’est ainsi !

Alors, formateur, ne soies surtout pas fataliste ! Ne crois pas un seul instant que tout est écrit dans le marbre, quand bien même l’écrivain serait l’apprenant lui-même… Dis-toi que face à toi, des légendes ont la peau plus dure que la tienne et que toi aussi tu y contribues, car dans cette bataille tes ennemis se trouvent aussi dans tes propres croyances !

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