Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Ce qu'un formateur n'est pas (6/10) : un confident

Ce qu'un formateur n'est pas (6/10) : un confident

A travers plusieurs articles, j’ai montré la difficulté à définir les contours du rôle du formateur à plusieurs niveaux : par rapport au savoir et à l’acquisition de compétences, par rapport à l’apprenant lui-même qui est parfois dans des représentations particulières vis-à-vis de « son » enseignant, dans sa propre posture et son besoin de reconnaissance, etc.

Aussi, pour des raisons diverses, le formateur se trouve parfois dans un rôle de confident avec toutes ses dérives que tant d’autres formateurs que moi ont connu : confident, souffre-douleur, ami, père, gendarme, juge, assistant social, psychologue ou psychiatre, médiateur, j’en passe et des meilleurs… en même temps, de cette relation étroite et complexe naissent des besoins légitimes de communication car la remise en cause que génère souvent l’acte formation s’accompagne de questions et de doutes que seule la communication peut éclairer à défaut de régler.

Pour autant, dans cet indispensable acte de communication se cache des dangers importants pour les parties en présence : confusion des genres, confusion des rôles et déplacement de la relation formative avec un impact direct sur l’atteinte des compétences pour l’apprenant !

Aussi, il est nécessaire de formaliser les contours du rôle d’accompagnement que le formateur doit mettre en place pour préserver cette communication (et par conséquence cette motivation), se préserver lui-même vis-à-vis de son groupe, et conserver la maîtrise de la relation formative (lire l’article suivant : http://formerdemain.over-blog.com/2015/08/ce-qu-un-formateur-n-est-pas-3-10-un-dictateur.html ) !

S’il fallait présenter l’accompagnement par catégories, je citerai les accompagnements suivants :

  • Le socio-affectif et motivationnel
  • Le métacognitif
  • Le cognitif
  • L’Administratif
  • La logistique et le technique

L’accompagnement socio-affectif et motivationnel

On retrouve donc deux éléments dans cette partie de l’accompagnement : un élément collectif avec la nécessaire sociabilisation et un élément individuel quant au maintien de la motivation à apprendre. Les deux sont, bien sûr, étroitement liés.

L’accompagnement socio-affectif consiste à la fois dans la capacité à intégrer l’apprenant dans des collectifs de travail mais aussi à l’aider à valoriser son image vis-à-vis dudit groupe. Pour illustrer cela, nous pouvons nous appuyer sur les travaux de Maslow et sa pyramide des besoins.

Ce qu'un formateur n'est pas (6/10) : un confident

Ainsi après les besoins primaires (physiologiques et sécurité), l’individu est-il en recherche de combler ses besoins sociaux (appartenance à un groupe et estime). Il est intéressant de constater que ces deux besoins dans une même catégorie dite sociale, tant ils sont imbriqués.

En effet, dans le socio-affectif se joue l’image que l’individu a de lui-même, mais qu’il ne peut obtenir qu’à travers le regard de l’autre dans un contexte sociologique. Or, l’acte de formation nécessite un travail comportemental important et par voie de conséquence, une exposition de l’individu dans une situation d’essais-erreurs ne favorisant, à priori,  ni la réussite ni l’estime de soi. Ainsi, dans cette situation de re-construction de soi qui tend presque toujours à un gain de confiance, la route est semée d’embuches, de désillusion, d’échecs, heureusement compensée par des réussites moins nombreuses mais ô combien importantes. Le formateur s’attachera donc à créer un climat de groupe favorable à l’apprentissage, à savoir en dehors de tout jugement personnel. Il devra inévitablement établir une charte de groupe dès le démarrage de la session et fixer les règles du « vivre ensemble » pour préserver chacun d’entre eux dans une situation où tous seront exposés et donc en danger.

L’élément individuel concerne la motivation à apprendre que j’ai déjà abordé dans un autre article. (http://formerdemain.over-blog.com/2015/08/ce-qu-un-formateur-n-est-pas-5-10-un-motiveur.html ).

Ainsi pour accompagner la motivation de l’apprenant, le formateur s’attachera dans un premier temps à formaliser avec chaque apprenant le contenu de son projet professionnel par le biais d’un entretien individuel et d’une restitution personnelle des engagements de chacun à la réussite de ce projet. Pour maintenir cette motivation, le formateur devra régulièrement faire un point sur l’évolution de ce projet et la réussite, ou non, des objectifs intermédiaires.

Cela ne suffira pas, le formateur doit utiliser deux autres outils afin de remédier à une baisse légitime de motivation. Le premier d’entre eux est l’évaluation. En effet, seule l’évaluation permet à l’apprenant de se situer dans son évolution, c’est-à-dire de faire un bilan intermédiaire entre sa situation de départ, ses acquis et le chemin restant à parcourir. Le second outil à la disposition du formateur consiste dans la pondération des objectifs. Ainsi la notion d’échec n’existe qu’à la condition que l’apprenant ait un objectif de réussite et de la valeur de cette réussite en termes d’image de soi (les deux phénomènes étant très liés aux situations de stress vécues par les apprenants). Dans une situation génératrice de stress et aux enjeux trop importants, le formateur re-négociera les objectifs fixés par la séance et fera pondérer les objectifs que l’apprenant se sera lui-même fixés à cette occasion. Ainsi libéré de sa propre contrainte, l’apprenant se focalisera plus aisément sur le geste, la connaissance, l’acquis plutôt que sur une « réussite » bien inutile.

L’accompagnement métacognitif

La notion de « méta » renvoie à la capacité à prendre de la hauteur, de la distance pour augmenter son niveau d’analyse. Rapporter à la cognition, il s’agit d’aider l’apprenant à prendre conscience de sa manière d’apprendre (apprendre à apprendre).  Cet exercice est particulièrement compliqué dans un environnement socio-affectif non favorable. En effet, prendre la hauteur pour faire de l’analyse de pratique sous-entend l’absence d’émotivité et d’affectivité dans la situation !

L’évaluation semble un bon outil de métacognition, pour autant, cet outil ne sera facilitant qu’à la condition d’aider l’apprenant à se dissocier de la situation. Je m’explique : la dissociation consiste à réaliser une analyse d’une situation comme si le sujet observé était un autre, un inconnu… L’apprenant analyse et évalue donc le travail qu’il a réalisé en comparant la méthode et le résultat à une grille d’évaluation mais en oubliant que le sujet agissant est……lui-même. Des techniques de communication aident à la dissociation : faire parler de l’ « acteur » à la 3éme personne, ne jamais utiliser le nom ou le prénom pour désigner l’acteur, demander au groupe d’évaluer le travail réalisé sous l’angle d’un « professionnel en formation » et non réalisé par un apprenant….

Cette technique de la dissociation est très efficace pour permettre une analyse tant technique que comportementale. A partir de ce postulat, le formateur peut accompagner l’apprenant dans l’analyse de ses méthodes d’apprentissage et l’aider à améliorer sa manière d’apprendre. La PNL (programmation neuro-linguistique) a établi des outils intéressants pour cela, notamment au niveau du VAKOG, c’est-à-dire la manière de s’approprier le monde (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif ou gustatif)… le formateur étudiera la prise de notes de l’apprenant et favorisera ainsi les canaux d’appropriation et de mémorisation les plus efficaces. 

Ce qu'un formateur n'est pas (6/10) : un confident

L’accompagnement cognitif :

Il s’agira ici de la partie dite « contenu » de la formation, c’est-à-dire l’appropriation des savoirs et des compétences. L’accompagnement cognitif pose immédiatement la question du rôle du formateur dans la relation pédagogique. Accompagner signifie bien « emmener vers » et non transmettre. Dans la lignée de la position pédagogique que j’ai prise depuis le début, le formateur aidera l’apprenant à acquérir les savoirs attendus, il ne considérera pas qu’il les possède et les transmet. Ceci étant dit, nous pouvons évoquer les diverses modalités ou techniques pédagogiques à la disposition.

Cette question est centrale pour tout nouveau formateur : découvrir les bonnes techniques pédagogiques ! Il est alors très souvent déçu d’apprendre qu’aucun lexique ou ouvrage ne permet de les établir toutes car il en existe autant que de formateur et autant que d’apprenant. Bien sûr, quelques communs ressortent vite : le face-à-face, le travail de groupe, les classes inversées (appropriation des concepts en auto-formation puis travail sur la mise en pratique), l’analyse expérientielle, la conceptualisation de la pratique (revoir la scène du lavage de voiture dans le film « karaté kid »), etc. Aucune n’est meilleure qu’une autre, sauf si elle est adaptée à un collectif (formateur +  apprenants), à un moment donné, à un objectif précis, à des contraintes, etc…

Je me souviendrai longtemps d’un apprenant qui rencontrait d’importantes difficultés à améliorer ses compétences et qui reportait la responsabilité de ses échecs sur des tiers divers et variés (moi, bien sûr, l’entreprise d’accueil, le tuteur, son entourage, …). Après avoir épuisé toutes les techniques de communication que je connaissais, je sortis de la salle, alla chercher une assiette et lui demanda devant le groupe de casser cette assiette en la jetant au sol… Il le fit sans se faire prier. Immédiatement, je lui demandais « à cause de qui cette assiette est-elle cassée ? », il me répondit immédiatement « ben toi, c’est toi qui m’a demandé de la casser ». Je lui répondis alors que ses difficultés étaient beaucoup liées à cela : quand bien même je lui avais demandé, je ne l’avais pas non plus contraint et qu’il fallait qu’il assume la responsabilité de ses actes. Rien ne l’obligeait à faire ce que je lui demandais. Cette expérience n’eut pas d’effet immédiat sur la situation bloquante mais gageons que le temps aura fait son effet… Je ne prétends pas,  par là même, avancer une technique quelconque, mais juste d’illustrer le fait qu’en matière de technique pédagogique, le champs est ouvert et les limites sont souvent déterminées par un manque d’audace ou, pour le moins, à une faible prise de risque.

 

L’accompagnement administratif

Dans cet accompagnement, trois moments sont à considérer : l’aide au démarrage de la formation pour toute la partie financière (rémunération, frais, aides éventuelles) – un accompagnement durant la formation et enfin un accompagnement en fin de formation.

Dès le démarrage, l’accompagnement administratif permet de rassurer l’apprenant sur les basiques d’une situation sociale (revoyez les premiers niveaux de Maslow). Ainsi, ventre affamé n’ayant pas d’oreille, l’apprenant ne saura s’investir en formation s’il n’a pas réglé certaines problématiques liées au logement, à la rémunération, à la santé, etc. Bien sûr, la structure de formation ne bénéficie pas forcément des appuis internes pour solutionner ce type de situation. Il convient alors d’aider à mettre en place des démarches à l’externe. Pour cela, le formateur devra-t-il développer un réseau important quant à ces besoins et savoir renvoyer vers les bonnes compétences face à une situation donnée.

Durant la formation, l’accompagnement administratif réside dans le suivi de l’apprentissage (relevé de notes, d’évaluation) et la connaissance en temps réel de l’avancement de la formation. Les évaluations sont un outil dont nous avons parlé, mais il faut le compléter par un outil de positionnement de l’apprenant dans le dispositif de formation sous la forme d’une carte de progression par exemple.

En fin de formation, l’accompagnement va résider dans l’aide à la recherche d’emploi sous toutes ses formes et par la valorisation de la qualification dans le parcours. Pour cela, de nombreux organismes ont créé des associations ou clubs d’anciens stagiaires ou élèves afin de favoriser le travail en réseau et l’appui post-formation.

Les outils numériques d’aujourd’hui facilitent cette communication (réseaux sociaux tels que page Facebook ou encore groupe sur Linkedin ou Viadeo).

 

L’accompagnement technique

Il s’agit ici de la  prise en mains des outils d’aide à la formation. L’exemple classique est la maîtrise des outils informatiques pour les formations tertiaires entre autres. Il est certain que la démocratisation des prix de l’informatique permet un taux d’équipement numérique important en France. Pour autant, la fracture numérique existe tant au niveau générationnel que social. Ainsi, il existe des corrélations de facto entre difficultés à l’emploi et fracture numérique.

L’autre exemple courant est la maîtrise de la langue française tant orale qu’écrite mais aussi la maîtrise des gestes de base dans un domaine technique pour ne citer que cela.

Bref, se pose ici la question de la vérification des pré-requis dans un premier temps mais aussi la mise à disposition d’outils de formation sur ces compétences transverses. Le terme de « pré-requis » est souvent connoté négativement car il fait souvent référence à la sélection à l’entrée en formation. Pour autant, si la notion est incontournable, son explication et son appropriation sont importantes en amont de la formation. Il est parfois nécessaire de concevoir des parcours d’accès à la formation quand les connaissances de base sont trop faibles et pour ne pas mettre l’apprenant en situation encore plus difficile et doubler son échec en formation. De nombreux outils dits d’auto-formation existent sur le marché (notamment sur Internet) permettant à l’apprenant de rattraper un niveau insuffisant sur ces sujets.

Pour autant, le formateur s’attachera à accompagner son groupe d’apprenant avec un dispositif de « préformation » au cours duquel il proposera les connaissances de base dans des matières telles que l’informatique ou la navigation sur Internet. Dans d’autres matières cette étape de préformation étant trop importante, la constitution d’un parcours d’accès à la formation sera indispensable.

 

On le voit bien, le rôle d’accompagnement du formateur est essentiel à la réussite d’un parcours de formation. On peut facilement avancer qu’il est même premier par rapport à l’apprentissage des savoirs et des compétences. Souvent négligé, cet accompagnement joue un rôle central dans la qualité de formation tant pour les apprenants que l’équipe enseignante. Les certifications qualité de la formation insistent sur ce rôle d’accompagnement qui doit être porté par les organismes et le management des écoles et des centres de formation. 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
David Masson


Voir le profil de David Masson sur le portail Overblog

Commenter cet article