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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Ce qu'un formateur n'est pas (9/10) : un parti pris

Ce qu'un formateur n'est pas (9/10) : un parti pris

A travers tous les articles précédents, nous avons mesuré à quel point le métier de formateur était exigeant en matière de relation à l’autre, cet apprenant qui, de plus, ne le considère pas plus que ça... inconscient de tous les efforts que son formateur réalise pour l’aider à apprendre !

Une collègue formatrice me disait récemment : « on sait que ça va être difficile, mais on y va quand même, et on aime ça ; c’est un métier de maso !! ». Passé la forme, le propos n’est pas dénué de pragmatisme.

Les principes pédagogiques posés plus avant dans mes propos, il s’agit ici de donner quelques outils au formateur pour mieux gérer ces « conflits socio-cognitifs » qu’il va générer et de fait, subir dans sa relation à l’apprenant. Il me revient donc de poser quelques bases en matière de communication pour limiter la gestion de conflit et augmenter la capacité du formateur à se faire comprendre (c’est bien pour un formateur d’être compris !).

Introduction à la communication :

La communication dite interpersonnelle recouvre tous les moyens d’échanges de messages ou d’informations (volontaires ou pas) entre deux ou plusieurs personnes. Cette communication recouvre des champs connus tels que la communication verbale ou non-verbale, écrite, orale, etc. Bref tout est communication de la tenue vestimentaire, à la couleur du maquillage, en passant par ce petit geste perçu ou encore un silence lourd à un moment bien précis…

Chacun est responsable de sa propre communication mais, par définition, chacun conditionne aussi la communication de l’autre par le fait même de sa présence, de son attitude ou de sa communication orale. Pour autant, dans une relation professionnelle, si tous les acteurs ne sont pas conscients des messages qu’ils envoient, pour peu que la communication devienne un outil de travail, la responsabilité incombe à chacun de sa propre manière d’être et des messages qu’il envoie. Le formateur est, par définition, un métier de communication quel que soit le métier visé, du maçon au conducteur de machines en passant par le vendeur ou le soudeur…

Les bases de la communication

Pour commencer un petit exercice :

Quel mot utiliseriez-vous pour définir cet objet ? 

Ce qu'un formateur n'est pas (9/10) : un parti pris

Qu’avez-vous répondu ? Table, bureau, pupitre ou d'autres synonymes encore ? 

Bien sur, cet exercice anodin vous parait très simpliste et sans conséquence, aussi, pouvons-nous faire la même chose si je vous demande d’écrire une définition de la liberté ? de la vanité ?

Pourquoi de telles différences de vocabulaire et quelles conséquences ? L’expression « les mots sont des étiquettes » est souvent utilisée en communication pour expliquer ce phénomène. L’enfant construit son vocabulaire par une association entre l’image, le son, l’objet, l’odeur, etc. et une étiquette qu’un parent par exemple lui a donné. Pour les notions abstraites, il en est de même, à la fois à travers les études mais aussi par recoupement avec d’autres études, d’autres auteurs, d’autres concepts qui prennent des angles différents pour parler d’un sujet ou d’un autre. Ainsi, chacun se construit-il son vocabulaire, son registre, ses représentations, etc.

Nous pouvons déjà affirmer que la communication parfaite ne peut pas exister sachant que nos vocabulaires sont, par essence, différents ou tout du moins pas identiques…

Les fameux cadres de référence

Autre exercice, que représente pour vous un bon restaurant ? Je vous laisse quelques secondes pour y réfléchir, si je vous demande de m’indiquer un « bon restaurant », où m’envoyez-vous ?

Dans un cadre idyllique ? dans un restaurant à la carte très fournie ? dans un restaurant où le personnel est accueillant ? dans un restaurant où les toilettes sont propres ??? bref, quelle représentations avez-vous du « bon restaurant » ? il s’agit bien là du cadre de référence. Chacun s’est construit des représentations sur des sujets de la vie de tous les jours à travers son vécu, ses préférences, ses goûts, etc. Pour faciliter les échanges, nous utilisons tous des raccourcis de vocabulaire qui commencent par « un bon ceci » « un mauvais cela » … quelques exemples choisis : une bonne voiture, de mauvaises vacances, un grand écart, un petit souci, un long voyage, etc.

Vous voulez faire ce test rigolo, demandez à votre entourage de chiffrer les notions suivantes :

- bien gagner sa vie

- avoir un léger retard au boulot

- être vieux

- partir loin en vacances

- une grande famille

Et comparez à vos représentations !! Alors étonnant non ?

Quelles conséquences lorsque le formateur vous dit que vous avez fait un « bon travail » , que c’est une « mauvaise réponse », que « vous ne faites aucun effort », que le résultat est « bon » ???? Vous n’avez reçu un 12/20 en vous entendant dire que c’était un « bon travail » ou encore qu’on attendait de vous « un gros travail »  (en longueur, en durée…)… et que se passe-t-il lorsque le « gros travail » a été rendu et évalué comme étant léger parce que l’individu avait rendu 10 pages alors que le professeur voulait l’étude d’un certain nombre de théorie même rapide ??

Où commencent les conflits sinon dans ce genre de situation où l’on finit par se dire « on ne peut pas se comprendre » alors qu’on a pas fait l’effort de bien s’expliquer ???

Les valeurs

Au-delà des représentations (cadres de référence) la communication fait inévitablement appel aux croyances, aux valeurs de l’individu, aux a priori, etc. Le proverbe « l’habit ne fait pas le moine » en est une simple expression… Que feriez-vous si en entrant dans le cabinet d’un médecin généraliste, vous tombez sur un homme en tenue d’indien, une femme en guenilles ou encore un aveugle ? quelle crédibilité donneriez-vous à un président de la république en short, tong et bandana ???

Nos sociétés véhiculent des images et nous en véhiculons nous-même par nos valeurs… Observez simplement tous les conflits culturels, religieux, politiques, éducatifs … Dès qu’une généralisation entre dans la communication, tout est fichu « tous les patrons sont … » ; « les fonctionnaires sont … » !

Pire encore, notre cerveau va filtrer toutes ces informations à travers ses filtres de croyances et de réprésentations…

Regardez maintenant cette photo, et imaginez la scène; que se passe-t-il, que s'est-il passé ?

Ce qu'un formateur n'est pas (9/10) : un parti pris

Immédiatement, votre esprit s'est créé une réprésentation de la scène et a exprimé une dispute conjugale ? professionnelle ? des chanteurs en pleine action ? une déclaration d'amour ? 

 

Nous pouvons en conclure que toute information, toute communication est pervertie à la base par nos cadres de référence, nos représentations, nos croyances, etc… Aussi, la communication parfaite ne peut pas exister.. je ne pourrai jamais être compris tel que je le souhaiterai, je ne pourrai jamais comprendre ce que l’autre a voulu réellement dire ! Face à ce constat, on peut s’enfermer dans le mutisme ou faire, malgré tout, des efforts pour tenter de réduire les écarts entre le message envoyé et le message reçu.

Quelle solution ?

Beaucoup d’intervenants en communication vont vous proposer LA solution pour faire de l’écoute active, pour comprendre l’autre etc… Il faut faire de l’empathie !

Le dictionnaire définit l’empathie comme un mode de communication intuitif basé sur la capacité à se mettre à la place de l’autre !

Si l’on est d’accord pour dire que notre système de communication interne a été construit par notre histoire, notre vécu, nos croyances, etc. comment un intrus pourrait-il se mettre à ma place pour connaître mes modes de communication ? Et puis, qui est-il pour amoindrir mon individualité et ma particularité pour qu’en bon étranger, il puisse me lire et me comprendre en se  « mettant à ma place » ?? Qu’on jette aux cachots ceux qui ont osé faire exister cette empathie !

Alors ? Si chacun raisonne à sa façon et qu’on ne peut se comprendre et encore moins se mettre à la place de l’autre, comment peut-on améliorer sa communication ?

Tout simplement en ayant conscience de tout ce qui vient d’être dit et .... en s’oubliant !

Mais bien sûr, c’est la seule solution : l’astractionnisme : faire fi de son existence pour être le plus neutre possible quand je communique …

Je sais que je suis rempli de cadres de référence, j’évite d’en utiliser ou encore mieux, je les précise «  je veux un bon travail… un bon travail pour moi, c’est cela »… « je suis allé voir un très bon film. Pour moi, un très bon film, c’est… »

Dans le même temps, je dois repérer les cadres de référence de mon interlocuteur, savoir qu’il pervertit sa communication sans le savoir, que ses croyances peuvent modifier la valeur de mon message, qu’il est pétri de représentations, d’a priori, de subjectivité et qu’au plus je serai précis, au plus je lui aurai fait préciser ses messages, au mieux nous communiquerons, ou en tout cas, au moins mal !!

S’intéresser à l’autre en toute objectivité, sans déformer, sans sous-entendre, sans interpréter… quel bonheur de mieux communiquer et si, en même temps, je sais que « communiquer parfaitement, c’est courir après un rêve tout en sachant que c’est une utopie »… quelle humilité faut-il pour mieux se comprendre, s’accepter et vivre ensemble !

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