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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Social Learning : L'ubérisation de la formation ?

Social Learning : L'ubérisation de la formation ?

Le Social Learning se définit comme un mode d'apprentissage collaboratif... Il repose sur le principe du partage de connaissances et d'expérience en dehors des réseaux d'apprentissage traditionnels que sont l'école ou la formation en général.

Le compagnonnage est souvent pris comme exemple pour illustrer le Social Learning. Pourtant, cette illustration est galvaudée : en effet, si le tour de France relève de ce principe, l'apprentissage par un maître avant le démarrage de ce tour de France déforme la notion principale d'apprentissage entre pairs. 

C'est en 1996 qu'apparait le modèle 70/20/10, résultat des travaux de recherche menés par les scientifiques Morgan MacCall, Robert W. Eichinger et Michael M. Lombardo. Leur objectif était de comprendre les modes d'apprentissage de tout un chacun. Nous apprenons à l'école, à l'âge adulte, nous suivons des formations... mais ce n'est qu'une partie de notre apprentissage !

 

Ainsi, 3 sources d'apprentissage se distinguent :

- le circuit dit traditionnel comprenant l'école ou la formation

- les pairs

- la pratique personnelle de l'apprenant

 

Rien de nouveau donc sous le soleil, sinon la remise en cause de l'importance de l'apprentissage magistral, traditionnel par rapport à l'auto-apprentissage par l'expérience et à l'aide de l'entourage...

Social Learning : L'ubérisation de la formation ?

Le Web 2.0 : la domination du Social Learning :

 

A l'heure où Internet fête ses 25 ans, le concept de Social Learning prend une dimension nouvelle qui remet en question l'apprentissage traditionnel. 

En effet, il est aujourd'hui plus simple et plus rapide de trouver des vidéos sur Youtube ou des tutoriels pour réaliser une tâche que de demander l'aide d'un professionnel (d'un artisan) ou encore d'aller se former dans un organisme quelconque. 

Je prends souvent cet exemple trés personnel : le jour où il m'a fallu changer un ballon d'eau chaude à mon domicile, j'ai cherché et trouvé des quantités de démonstrations vidéos, de tutoriels qui m'expliquer comment procéder, des conseils pratiques qui m'ont permis de le changer de manière durable et efficace... 

Evidément, cela ne fait pas de moi un plombier, mais j'ai appris grâce à des pairs sur un exercice simple qui ne représente qu'une infime partie du métier total... Dans l'absolu, si je faisais de même pour toutes les tâches d'un métier, je pourrai envisager d'acquérir suffisamment de compétences pour me prétendre plombier un jour !

Les premiers forums sur Internet étaient constitués par les informaticiens qui évoquaient leurs difficultés et trouvaient des solutions dans le monde entier... C'était sans doute le début d'un Social Learning 2.0 qui, sans doute, a permis l'émergence de l'Open Source, ce mouvement de collaboration d'informaticiens du monde entier ayant permis la mise à disposition gratuite de nombreux logiciels tels que Lynux, OpenOffice, Mozilla, etc... 

L'émergence du Web 2.0 se caractérise par la simplicité qu'à le commun du mortel à communiquer sur la toile.. Ainsi, le développement des blogs, la mise à disposition de vidéos, de photos ont permis à des novices de montrer leur savoir-faire, de montrer leurs travaux, de donner des conseils, de créer, de se faire connaître --- et tout cela en dehors des réseaux traditionnels et commerciaux... 

Quand vous voyez que récemment, Google a proposé à certains youtubeurs célèbres des rémunérations de 100 000 euros par an pour avoir l'exclusivité de leurs créations sur Youtube, vous comprenez l'importance du phénomène !

Alors l'apprentissage est-il en train d'être ubérisé ? L'école ou l'organisme de formation va-t-il disparaître au nom de la facilité à mettre en commun des savoirs issus de l'expérience ? 

 

 

Le choc des cultures !

 

Dans les nombreuses formations de formateurs que j'anime, ce sujet est toujours à l'origine d'échanges trés musclés.

Comment le "maître" peut-il accepter que l'élève apprenne en dehors de la transmission du professeur ou du formateur ?

Quelle est la valeur de ces fameuses vidéos ou tutoriels qui ne sont que des miettes par rapport au métier ?

Comment peut-on apprendre à monter un mur sur un ordinateur ? 

 

Derrière ces questions légitimes se pose surtout la question de la place de l'enseignant face au Social Learning... Derrière ses questions ne se cache-t-il pas la crainte de voir sa fonction dévaloriser ou même disparaître ? 

Je suis convaincu que l'école traditionnelle va disparaître au sens où nous la connaissons aujourd'hui... La transmission d'un savoir académique ne nécessitera bientôt plus l'intervention d'un sachant suprême... Il suffit pour cela de lister les sites d'apprentissage des langues gratuits mis à disposition des particuliers. 

Un professeur a récemment mal noté un devoir rendu par des élèves ayant pris des informations sur Wikipédia ! Le choc culturel est important pour une frange du corps enseignant qui ne reconnait pas le Social Learning comme un mode d'apprentissage à part entière..

 

L'enseignement demain ? 

 

Bien sûr l'ubérisation de l'apprentissage comprend un certain nombre de risques. Ces risques définissent, à mon sens, la place de l'enseignant ou du formateur demain. 

Risque 1 : la confusion

En effet, l'ouverture intégrale à la communication par le Net permet à tout le monde, donc à n'importe qui de s'improviser "sachant"... Ainsi, à la recherche de connaissances, l'internaute se retrouve face à une "infobésité" de savoirs qu'il va devoir trier, analyser, croiser pour dissocier le grain de l'ivraie... Il y a donc un risque de mal-apprendre face à des pseudos-sachant !

Risque 2 : le temps

Le mode d'apprentissage non-communautaire (c'est à dire en dehors de pairs) va demander un temps important entre le tri des informations, les expériences indispensables et l'obtention d'une efficacité quant au résultat... Apprendre dans une école ou un centre de formation sera évidemment plus rapide

Risque 3 : la remise en cause de la "compétence"

Ce risque est plus difficile à cerner... Si tout le monde peut mettre en avant des connaissances, voir des savoir-faires, cela élargit considérablement la notion de compétence de base. Pour exemple, voici une vidéo qui explique comment faire une multiplication sans connaître ses tables et sans calculatrice

On voit bien à travers cette vidéo le risque de remise en cause de la compétence et le choc culturel que j'évoque... Que vaut la connaissance de l'enfant ayant appris à multiplier par cette méthode de dessin par rapport aux méthodes traditionnelles du professeur ? 

 

Le référencement des compétences :

 

Face à cette situation, les institutions pédagogiques et professionnelles vont avoir un rôle essentiel qu'elles ne mesurent pas forcément dans les déclarations actuelles : le référencement !

En effet, face au développement du Social Learning à grande échelle, les compétences, les métiers vont évoluer par l'apparition de nouvelles méthodes, de nouveaux savoirs, de nouvelles compétences même... Sans référencement, le risque de perte de repères est important avec de nombreuses conséquences tant au niveau social qu'au niveau éducatif (valeur des certifcations, des diplômes, etc.).

Il va donc être vital que les branches professionnelles, et par voie de conséquences les dispenseurs de formation définissent, préservent et valorisent des référentiels métiers, et compétences avec des critères très fins. 

Ainsi, parés d'une guidance et d'une ligne directrice claire et acceptée de tous, les formations sous toutes ses formes pourront se développer pour répondre à des référentiels uniques mais évolutifs. 

Bien sûr, ces référentiels existent déjà aussi bien au niveau professionnel que scolaire, cependant, à leur lecture, on s'aperçoit vite de la difficulté qu'ont leurs auteurs à définir très précisément les critères d'évaluation de manière objective et mesurable... 

 

 

L'enseignant 2.0 ?

 

Ainsi, le rôle de l'enseignant ou du formateur va nécessairement évoluer dans un avenir proche... Plus que détenteur de savoir, il devra être capable d'orienter l'apprenant vers les bonnes sources de savoirs, lui apprendre à trier et à analyser les informations trouvées sur des critères de pertinence... 

Il sera à la fois tuteur, accompagnateur, médiateur mais surtout il devra développer ce qui est le coeur de son métier : la pédagogie !

En effet, face à cette océan de connaissance, l'enseignant (sera-t-il encore appelé ainsi ?) devra être capable de mettre en musique l'apprentissage pour chaque individu en fonction de ses capacités, de ses difficultés cognitives et par rapport à sa manière d'apprendre.. Au delà du contenu du savoir, la valeur ajoutée du professeur de demain résidera dans sa compétence de remédiation, c'est à dire, faire cette passerelle si délicate entre l'ignorance et la connaissance en choisissant le chemin le plus adapté à chacun d'entre nous !

 

Enfin, l'un des rôles centraux de l'enseignant 2.0 ou du formateur sera celui d'évaluateur. En effet, non transmetteur du savoir, l'enseignant n'en sera pas moins détenteur... Ainsi, face à des modalités pédagogiques nouvelles (e-learning, social learning, MOOC, etc), l'enseignant sera le défenseur des référentiels dont je parlais plus haut et pourra évaluer la compétence pour permettre à l'apprenant de se former au plus près de la compétence attendue.

 

Préparons ainsi dès à présent des actions de professionnalisation des enseignants sur les concepts si pointus de l'évaluation en formation !

 

 

 

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