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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Quand le formateur se défile !

Quand le formateur se défile !

Que nous le voulions ou non, le digital a changé et doit changer les relations pédagogiques entre le formateur, l'enseignant et ses stagiaires-élèves.

Le modèle traditionnaliste de l'enseignant qui possède le savoir et qui le transmets aux apprenants est nécessairement révolu par l'existence de cette "infobésité" de ressources, de cours, d'exercices et ses corrigés, de ces plateformes gratuites qui distribuent du savoir, de la connaissance en masse... Ajouter à cela les MOOC qui permettent à des non-sachants de co-construire du savoir, et vous comprenez vite que le formateur doit s'adapter ou disparaitre.

Aussi, de manière très prospective, le comportement du formateur change et les tendances qui en ressortent font craindre pour ce métier. 

 

L'externalisation du savoir remplace l'expertise

 

Tous les métiers évoluent au gré des évolutions sociétales et technologiques. Certaines compétences disparaissent naturellement, d'autres émergent. Prenons l'exemple de la gestion des stocks et des commandes en magasin. Tout étant automatisé, les logiciels de caisse incrémentent automatiquement le logiciel de commande, qui, lui-même, va passer les bonnes commandes au bon fournisseur, au bon moment. La compétence disparait au fur et à mesure du métier, donc de la formation. 

Déjà, cette tendance se ressent chez certains nouveaux formateurs. Puisqu'une plateforme de formation fournit les bonnes ressources actualisées, quid de l'expertise du formateur ? 

Faudra-t-il uniquement recruter des gestionnaires de parcours ? Des coordonateurs pédagogiques ? A-t-on encore besoin d'un enseignant sachant quand le savoir est "hypertextisé" ?

Cette tendance remet en exergue les fameux et non-résolus débats sur l'autoformation où l'on pensait pouvoir se passer du formateur. Par facilité ou par manque de clarté, l'autoformation a souvent été confondue avec l'autodidaxie. Dans l'autodidaxie, l'apprenant est libre de son apprentissage à tous niveaux : le choix même de l'apprentissage, du contenu, de la méthode, de la ressource, de l'évaluation... bref, il apprend totalement seul. 

Dans l'autoformation, c'est différent. L'apprenant utilise une "structure formation", c'est à dire, un encadrement temporel et physique, une entité formation, qui va guider l'apprentissage pour atteindre les objectifs visés, qui va fournir tout ou partie des ressources et qui va évaluer. Où est la place du formateur ?

Elle est juste centrale. Il a la maîtrise du contenu et sait orienter vers la bonne ressource, mettre en place des modalités pédagogiques adaptées à l'apprenant, et surtout peut évaluer (sous toutes les formes : formatives, sommatives, etc.).

Aussi, une formation à distance, hybride, multimodale ou autre nécessite un formateur expert pour exister !

 

La ressource n'est rien pour celui qui ne sait pas la lire

 

Evidemment, les ressources digitales sont sympas... Elles sont belles, elles sont interactives, elles utilisent le son, l'image, le jeu... Elles corrigent, elles évaluent.. parfois elles s'adaptent au niveau de l'apprenant.... Mais aucune ne peut répondre à la question essentielle du : Pourquoi ? 

Pourquoi, c'est à la fois donner du sens à l'apprentissage.. Qu'est-ce qui fait que cet apprentissage est important pour l'élève. 

Pourquoi, c'est être capable d'expliquer la logique d'une méthode... Comment en est-on arrivé là ? 

Pourquoi, c'est aussi être capable de comprendre ce qui ne marche pas pour un apprenant en particulier, à un moment donné, sur un sujet précis... Comment faut-il adapter la méthode ? 

Pourquoi, c'est enfin comprendre la réussite comme l'échec, c'est savoir lire un résultat pour remonter dans la méthode (démarche inductive). 

Aussi, la ressource pourra être la meilleure au monde, on n'apprend à nager au bord de la piscine. Et alors, qui sera le maître-nageur qui viendra sauver l'apprenant qui se noye ?

Il faut laisser la ressource au formateur... Non pas qu'il soit un concepteur multimédia, mais il a besoin d'une marge de manoeuvre pour, lui-même, assimiler la ressource, mais surtout l'adapter, la rendre compréhensible.

On parle souvent des styles d'apprentissage, moins souvent des styles pédagogiques. Qui mieux que le formateur peut réaliser cet exercice si compliqué et si central de son métier : donner du sens à ???

 

12 stagiaires = 12 formateurs 

 

Et oui, tous les formateurs le savent, un groupe d'apprenants est, avant tout, une somme d'individus qui ont chacun des méthodes d'apprentissage, des noeuds à retirer, des approches à différencier, des motivations à trouver ou à faire émerger. 

Ainsi, le formateur doit-il adapter la totalité de l'approche formation à chaque individu et faire les remédiations nécessaires entre les apprentissages et l'individu. 

Aucun formateur n'est capable de faire apprendre à la totalité de son groupe. Les raisons sont infinies, en voici quelques exemples :

- le formateur a lui-même une méthode d'acquisition du savoir qu'il transpose plus ou moins

- les méthodes d'apprentissage sont infinies car personnelles. Aucun formateur ne peut les possèder toutes

- il existe d'autres relations que l'acquisition du savoir entre le formateur et l'apprenant. Par exemple, les représentations scolaires du prof qu'on aime ou qu'on aime pas ressortent tôt ou tard

- 5 minutes en individuel valent souvent mieux que 2 heures de cours magistral !

- etc, etc, etc.

 

Le rôle du formateur est donc essentiel dans sa capacité à mettre en musique tous ces facteurs liés au processus d'apprentissage. 

 

Ne ratons surtout pas cette étape en faisant un grand écart dramatique entre le formateur omniscient qui diffuse son savoir, et le formateur qui inscrit des stagiaires sur une plateforme sans jamais donner le moindre cours et qui confie la pédagogie à une ressource. 

 

Ce rôle de formateur est forcément basé sur son expertise technique pour expliquer, adapter, réguler la ressource. Il doit aussi être capable de construire ses propres ressources pour maîtriser tout le processus pédagogique. Enfin, lui seul possède l'expertise pédagogique pour réaliser cette harmonie délicate entre l'individu et des ressources digitales industrialisées... 

 

Tout cela met en avant l'importance de la compétence pédagogique du formateur de demain, alors, formateur, ne te défile surtout pas...

 

Lèves-toi et forme !

 

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