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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

L'accompagnement par le renoncement !

renoncer choisir

renoncer choisir

Allez, je vous l'avoue. Après 17 ans de pratique de métier de formateur, j'apprends les origines réelles du mot "pédagogie" : Ce mot vient du grec ancien "enfant" et "conduire, mener, élever". La petite histoire raconte que ce mot grec désignait la personne (généralement un esclave) accompagnant les enfants sur le chemin de l'école et ceci afin d'éviter les mauvaises rencontres. 

Ainsi, cela me conforte dans l'idée enracinée chez moi que la pédagogie, ce n'est en aucun cas la transmission de quoi que ce soit, mais l'accompagnement de l'apprenant vers le savoir... Qu'on apprend seul mais pas sans les autres... Que l'on apprend rien à personne (sinon une information lue dans le journal :  "ah, tu me l'apprends") ... bref !

Mais cela n'était pas mon propos dans cet article. 

Je lisais récemment une analyse de pratique d'un très cher collègue. Celui-ci mettait en avant la difficulté à cerner (et a fortiori pratiquer) l'accompagnement en formation. Car, il faut bien le dire, l'accompagnement peut couvrir de nombreux champs dont les limites fluctuent selon les auteurs, les théories, les approches ou encore les courants pédagogiques...

Quels sont les champs concernés ? Le champ pédagogique, le champ social, le champ purement professionnel, le champ psycho-quelque chose ??

Mais plutôt qu'énoncer de grands principes, j'ai envie d'utiliser une autre approche transverse à l'accompagnement en formation et plus directement liée à la posture du formateur. 

Dans un premier temps, je vais vous proposer de partir des 4 phases d'apprentissage communément reconnues, puis j'utiliserai des phases pour montrer l'évolution de la posture du formateur dans sa montée en compétence sur sa capacité à accompagner un apprenant en formation. 

 

apprentissage

apprentissage

Les 4 phases d'un apprentissage :

- inconscient de son incompétence

- conscient de son incompétence

- conscient de sa compétence

- inconscient de sa compétence

 

Inconscient de son incompétence :

Cette phase, on ne peut plus logique consiste à dire que l'on ne sait pas que l'on ne sait pas... Le futur apprenant n'a pas encore conscience des compétences qu'il va devoir acquérir. Il a envie d'apprendre un métier, formateur par exemple, et n'a pas encore pris conscience de la compétence "accompagnement" dont il a besoin pour exercer son métier. 

A ce stade, peu de questions se posent, pour autant, le futur apprenant a peut-être déjà développer des compétences sans le savoir ! 

Conscient de son incompétence :

A ce stade, l'apprenant sait qu'il ne sait pas... et qu'il ne sait pas faire bien sûr !

Cette étape peut tout à la fois être source de motivation car elle permet d'entrevoir avec curiosité ce qui attend l'apprenant, et de fait l'intéresser, comme cette étape peut aussi être source d'inquiétude et de démotivation selon le niveau de confiance en sa capacité à réussir. Pour aborder sereinement cette phase, il faut avoir fait le deuil d'un ancien métier parfois, et avoir accepté son statut d'apprenant avec tout ce que cela engendre en matière de travail et de remise en questions. 

Conscient de sa compétence :

Dans cette étape si importante, l'apprenant voit le résultat de son travail se transformer en compétences repérées et acquises. C'est tout l'enjeu d'un thème que nous avons abordé dans un autre article : l'évaluation en formation !

A ce niveau, la confiance en soi augmente rapidement et la satisfaction est évidente... C'est la récompense !

Inconscient de sa compétence :

A ce stade, il n'est plus question d'apprenant, mais de professionnel ayant tant est si bien acquis et manipulé la compétence, qu'elle lui est devenue naturelle, intuitive, voir réflexe. C'est le propre de tout bon professionnel qui maîtrise parfaitement son sujet. 

 

Si l'on parle des compétences du formateur, c'est à ce stade que la pédagogie prend tout son sens et qu'elle est indispensable car souvent, le professionnel a créé de tels automatismes, qu'il n'est plus capable d'expliquer comment il s'y prend !

Faites l'expérience en tentant d'expliquer à un adolescent comment conduire une voiture... 

 

Il existe alors, à mon sens, un stade supérieur à cette approche de l'apprentissage. Ce nouveau stade mélange une telle maîtrise du geste qu'il peut totalement être remis en question. A ce niveau, l'expert a décortiqué sa compétence dans un ensemble plus complexe, a compris plus qu'appris et il est donc en capacité d'accepter toute remise en question de son geste pour un geste meilleur ou différent... En effet, il est capable de mesurer des différences de méthodes pour un résultat identique, mais aussi de renoncer à ses acquis pour un résultat supérieur. Il sait tellement qu'il accepte de ne pas savoir !

 

Où l'on en revient à la notion d'accompagnement :

Ainsi décortiquées, reprenons les phases de l'apprentissage de l'accompagnement pour un formateur et identifions les facteurs facilitant ou les difficultés éventuelles aux différents stades.

Au stade inconscient de son incompétence, le formateur n'a pas encore mesuré toute l'importance de l'accompagnement ni même tous les champs qu'il couvre. Soit !

Au stage conscient de son incompétence, le formateur prend conscience qu'il va devoir accompagner ses apprenants en formation. Il mesure toute la difficulté à préparer et mener un entretien individuel, il prend conscience de l'importance des différentes méthodes pédagogiques, il mesure la prise de distance indispensable à tout acte d'accompagnement. 

Or, le nouveau formateur est souvent focalisé sur ses ressources. Il imagine que la qualité d'un contenu fait la qualité d'une formation. Le nouveau formateur entend la notion de posture, qu'il n'est pas transmetteur de savoirs mais accompagnateur des apprentissages, mais est-il prêt à accepter ce rôle beaucoup moins gratifiant que celui de sachant ? Que lui renvoie la société dans son ensemble (et son groupe d'apprenants n'en est qu'un échantillon) quand le professeur ou le formateur doit être celui qui fait cours, celui qui transmet, celui qui a la maîtrise totale de son sujet et que sa rémunération est méritée en fonction des cours magistraux qu'il dispense ? 

Au stade conscient de sa compétence, le formateur a réussi à mener des entretiens en ne prenant jamais position, a compris qu'il ne détenait pas la science infuse, a trouvé des solutions à des situations personnelles en déclenchant les circuits concernés... Il sait maintenant accompagner... Pour autant, le formateur est souvent seul. Si dans sa phase d'apprentissage, il était évalué, décortiqué, filmé, débriefé..., dans son étape de pratique professionnelle, quelle garantie a-t-il de conserver le bon cap, les bonnes attitudes, la bonne posture ? 

Au stade inconscient de sa compétence, il est trop tard.. soit, il a pris les bonnes dispositions et nous partons du postulat que c'est le cas, soit il ne saura jamais réellement que sa pratique n'est pas optimale. (c'est peut-être là que né le principe de Peter ?)

 

Quid de cette idée de renoncement ? 

Alors, si l'accompagnement est une compétence technique relevant de nombreux champs et nécessitant des méthodologies de travail très pointues, il requiert un savoir-être fondamental qui transparaît à travers les étapes de son apprentissage :  le renoncement !

En effet, pour accompagner il est déterminant de ne pas penser au sens où le formateur doit mettre en permanence de côté ses représentations, ses croyances, ses valeurs, son jugement, son histoire, et pourquoi pas ses compétences... 

Comment un formateur peut-il accompagner un apprentissage s'il est persuadé que son geste est le meilleur ? S'il n'accepte pas d'autres méthodologies que les siennes (lorsqu'il était professionnel du métier) ? S'il laisse son avis sur l'apprenant déterminer ses actions et ses conseils ? S'il pense qu'un apprenant a des chances de réussir ou pire, des chances d'échouer ? S'il n'accepte pas les différences de tout ordre ? S'il imagine ou qu'il transpose à la place de son apprenant (sous couvert de son expérience bien sûr) ? S'il veut ou a besoin d'avoir raison ? S'il n'est valorisé qu'à la condition de transmettre ? 

 

En fait, former un formateur à l'accompagnement, ce serait lui demander de se comporter comme au stade ultime de la maîtrise de la compétence dès le stade "conscient de son incompétence"... 

S'oublier pour mettre l'autre au centre de la réflexion, ce renoncement de soi qui est tellement indispensable pour "bien" accompagner est-il un idéal, une utopie ? 

Bien évidement que non, c'est une compétence à part entière, oh combien difficile à accepter et travailler mais tellement profitable à l'autre et si gratifiante personnellement pour le formateur qui a su prendre la bonne distance...

Alors, oublions-nous les uns les autres !

 

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