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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

Le tétraèdre pédagogique

Le tétraèdre pédagogique

On ne présente plus (ou presque) le triangle pédagogique de Mr Houssaye (1986) dont l'objectif est de mettre en évidence les relations qui existent entre les 3 acteurs de la relation pédagogique : l'élève (ou apprenant, étudiant...) - le formateur (ou l'enseignant, le professeur...) et le savoir (ou encore la compétence, le métier, les connaissances...).

Ce triangle a mis en évidence l'existence de 3 relations, concrétisées par 3 verbes d'action : apprendre, enseigner et former. Il montre bien que l'acte d'apprentissage est composé de différents moments et qu'à chaque moment, le 3éme acteur est inopérant, on dit qu'il a la place du fou ou du mort... il n'intervient pas lorsque cette activité se déroule. 

- apprendre est le mécanisme qui existe lorsque l'apprenant se trouve en situation d'acquérir le savoir. Il travaille sur un exercice ou sur un cours donné par l'enseignant. A ce moment précis, l'enseignant est inutile (voir parasite la situation).

- enseigner est la situation où l'enseignant dispense le savoir (le cours magistral). Il y a bien une relation directe entre l'enseignant et le savoir, l'apprenant est alors passif (il suffit d'observer l'apprenant en amphi). Il note ou pas, il mémorise ou non, il est en fait inactif au sens apprentissage. 

- former représente la relation entre l'enseignant et l'apprenant (en dehors du savoir). Il s'agit d'aider à comprendre, de travailler les processus d'apprentissage, d'accompagner l'apprenant. On est bien ici en dehors de l'intervention du savoir. 

Si le triangle de Houssaye reste un modèle pour tout pédagogue, l’avènement du numérique ajoute un nouvel élément dans la relation pédagogique et créé par là-même de nouvelles relations. 

tétraèdre pédagogique - David Masson

tétraèdre pédagogique - David Masson

Internet et le développement du numérique en général génèrent plusieurs phénomènes :

  • l'individu a un accès illimité à une immensité d'informations de manière permanente et instantanée
  • chacun peut facilement partager son savoir sous différentes formes : support écrit, vidéo, tutoriel, etc. 
  • la création de sites (ou blog) est rendue simple, ergonomique et gratuite
  • les réseaux sociaux permettent aux individus de se contacter à travers des thématiques et d'échanger
  • des réseaux professionnels par fonction, par secteur, par compétence ou par affinité facilitent les échanges
  • presque aucun contrôle sur les informations publiées
  • la portabilité et la permanence de cet accès avec les smartphones
  • la "confiance" grandissante des internautes pour d'autres internautes remettant ainsi en cause certaines autorités formelles ou non (influenceurs, experts auto-proclamés, sites déclarés spécialisés,etc.)

Ainsi, un 4éme élément interfère dans la situation d'apprentissage qui casse les murs de l'institution "formation". J'ai ainsi voulu formaliser l'évolution du triangle en tétraèdre à l'aide de 2 zones colorées :

La zone verte correspond au cadre formation. Ce cadre inclut le centre de formation bien sûr, le ou les formateurs, la plateforme pédagogique mise à disposition, les ressources fournies et étudiées par le centre de formation... Peu importe si l'apprenant est présent ou à distance, cette zone verte couvre le système formation et ses composantes. 

La zone rouge, par opposition, est tout ce qui est "extérieur" au système formation. Il y avait déjà l'entreprise et ses propres pratiques ou compétences. Aujourd'hui, il faut ajouter les réseaux sociaux (personnels ou professionnels), Youtube et autres sites de vidéos en ligne, les sites dédiés à certains apprentissages pour tous, les tutoriels mis à disposition par des entreprises ou encore des particuliers, les sites spécialisés dans certains métiers (on en trouve à peu près pour tous les métiers)...

En quoi ce 4éme élément que j'ai nommé "réseaux, communautés ou encore entreprise" intervient-il dans la relation pédagogique ? 

Déjà, parce qu'il existe, et par là-même il remet en question les détenteurs de savoirs en apportant d'autres visions, d'autres méthodes, d'autres pratiques. 

Ensuite, parce que l'apprenant est de plus en plus tenté naturellement de les consulter, de chercher de l'information nouvelle, différente, d'apprendre plus ou autrement, mais aussi de vérifier ce que la formation et le formateur proposent...

Quel formateur n'a pas encore été contredit dans son action d'enseigner par un apprenant qui montre son téléphone et dit qu'il a trouvé une autre version ou une autre méthode que celle proposée en cours ? 

Quelles formations sont impactées ? Toutes, absolument toutes, et si ce n'est pas encore le cas, ce le sera demain. 

Le particulier, l'individu a (enfin) l'occasion de se faire valoir, de montrer ses compétences en partageant son savoir (ou du moins ce qu'il suppose être le savoir). La tendance "collaborative" que l'on trouve dans de nombreux secteurs (économiques notamment) a, tout d'abord commencé par les forums informatiques notamment, et depuis des décennies maintenant. Rien n'arrêtera ce phénomène. 

Bien sûr, l'expert dira qu'Internet est rempli de "fausses" ou "mauvaises" informations voir formations. Il a sans doute raison, mais peu importe son avis. Ce qui compte, c'est la vision de l'apprenant qui, lui, croit que ses trouvailles sur le Net valent de l'or. 

Tout le secteur de la formation constate une diminution du nombre de "formés", la cour des comptes a même récemment prévenu d'une baisse du chiffre d'affaires global de la formation. Y a-t-il un lien avec l’avènement du numérique ? Je suis personnellement convaincu que c'est l'une des raisons. L'apprenant peut considérer qu'avec tous ces outils à sa disposition, il peut se former quand il le veut, comme il veut et autant qu'il le veut. 

 

Alors, le constat étant fait, comment doit réagir le "système" formation ? 

Le tétraèdre que je vous propose montre bien mon positionnement. Les structures de formation doivent intégrer ce 4éme élément pour mieux l'apprivoiser et le faire rentrer comme composante pédagogique. 

 

Ainsi, 3 nouvelles relations apparaissent :

- Animer : le formateur doit s'imprégner de ces réseaux externes en s'y investissant pour mieux réguler l'information, la communiquer en dehors des circuits traditionnels. Pour cela, il peut créer une page Facebook par exemple, créer un fil de discussion sur des forums de sa spécialité, un groupe Linkedin, entrer dans un réseau professionnel externe... Il veillera ainsi à animer sa communauté apprenante dans et en dehors dudit "système formation".

 

- Collaborer : L'apprenant va devoir apprendre à interagir avec ces réseaux, en comprendre le fonctionnement, en vérifier la pertinence, remonter des informations au groupe mais aussi faire participer le groupe en formation sur ces réseaux externes. La notion de collaboration est très développée chez les internautes (au sens large). 

 

- Echanger : le savoir, les métiers, les compétences évoluent en permanence. Ces réseaux et communautés externes sont l'occasion d'actualiser les savoirs, de les tenir à jour voir de les dépasser... L'échange doit alors être permanent entre le savoir académique dispensé par le "système formation" et ces communautés externes. 

 

Au final, cette évolution du triangle en tétraèdre parait inéluctable, et combattre ce nouvel invité est peine perdue. Bien au contraire, la formation a tout intérêt à prendre appui sur ces réseaux. Pour autant, cela nécessite de nouvelles compétences chez le formateur, chez l'apprenant, et plus globalement demande une ouverture plus importante encore de la formation vers le monde qui l'entoure. 

Le site formation-professionnelle a d'ailleurs édité un article pour évoquer ces nouvelles compétences du formateur à l'ère du digital dont je vous propose le lien ci-dessous :

https://www.formation-professionnelle.fr/2015/06/01/quelles-nouvelles-aptitudes-pour-le-formateur-ere-du-digital/

 

 

 

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David Masson


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P
Je ne puis qu'applaudir tous les efforts pour améliorer la pédagogie et l'intérêt des enfants. Mais très souvent, on oublie l'essentiel : la matière transmise. cette transmission oubliée risque de diminuer énormément la qualité des nos futurs adultes. Je crois qu'il faut réinstaurer des hiérarchies. Personnellement j'ai sauvé les anciennes humanités greco-latines de la disparition. Depuis 25 ans, à la Schola Nova en Belgique, nos élèves y parlent le latin, langue de l'Europe donnant accès à 80% de la littérature de l'Occident. Cela n'empêche pas notre pédagogie alternative d'être à la pointe de tout ce qui se fait actuellement.<br /> Cordialement.
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D
Bonjour Pr S. Feye.<br /> Je vous félicite pour les efforts que vous faites et la réussite obtenue. Je vous rejoins totalement sur l'importance de la matière et du contenu de l'enseignement; J'ai tendance à parler d'objectif quand je m'intéresse au contenu. <br /> Au delà de l'objectif, j'essaie d'apporter un regard un peu différent sur la méthode. Je considère le numérique à sa juste place : c'est un outil - qui doit être au service de l'apprenant et de l'enseignant dans un intérêt commun. <br /> L'outil n'est pas la matière, fort heureusement. <br /> Merci de vos propos<br /> <br /> Bien cordialement