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A l'heure où le numérique a envahi nos vies, les professionnels de l'enseignement et de la formation s'interrogent sur la place occupée par chacun : formateur, apprenant mais aussi savoir !! Former demain sera-t-il totalement différent d'aujourd'hui ? Quel doit être le rôle du formateur ? Sa posture ? Ses compétences ? Aura-t-on encore besoin d'un "enseignant" demain ou simplement de supports et de didacticiels conçus pour remplacer le formateur ?

l'évaluation : un acte d'apprentissage - un outil de démotivation

évaluation

évaluation

Dans le cadre de la formation, la notion d'évaluation des apprentissages apparait parfois comme le parent pauvre, le vilain secret de famille, le sujet que l'on évite ou encore celui que l'enseignant considère comme facile alors que, dans les faits, il peut être boiteux, inadapté voir contreproductif.

Rares sont les formateurs qui acceptent de montrer leurs outils et leurs critères d'évaluation. Nombreux sont ceux qui prennent le sujet à la légère tellement l'ultra compétent qu'il est juge l'évaluation simple "quand on sait faire, c'est facile". 

Pourtant, la situation d'évaluation, vue de l'apprenant, est souvent une source d'angoisse, un soulagement (lors de la réussite) ou un sentiment de honte (à l'échec). Rien d'étonnant alors à ce que les apprentissages futurs soient difficiles, "si c'est pour se planter", quel intérêt ? 

Bien des formateurs tentent de rassurer leurs apprenants en leur expliquant que l'évaluation reprend les exercices réalisés en formation, que le résultat de l'évaluation n'a pas de conséquences (l'évaluation formative en tout cas).

Combien se posent les questions essentielles de l'évaluateur : 

- mon évaluation est-elle parfaitement adaptée à l'apprentissage ?

- l'outil d'évaluation est-il cohérent ? 

- le niveau de l'évaluation est-il adéquat ?

- les questions d'évaluations sont-elles correctement construites ? 

et enfin

- comment l'apprenant va-t-il vivre cette évaluation ? 

 

Pourquoi évaluer ? 

Sans évaluation point d'apprentissage !

Cette maxime, de mon invention, vise à mesurer l'importance de l'acte d'évaluation dans tout acte d'apprentissage. Qui d'entre nous peut affirmer qu'il a appris s'il n'a pas vérifier d'une manière ou d'une autre que l'objectif est atteint (l'apprentissage est avant tout un objectif à atteindre) ? 

Imaginez apprendre à conduire une voiture sans passage de permis... A quel moment c'est bon ? à quel moment décider que le jeune conducteur peut conduire seul s'il n'y a pas une évaluation de ses compétences ? Comment savoir si le trou dans le mur est bien réalisé sans avoir insérer une cheville, une vis et vérifier que ça tenait fermement ? Comment savoir si j'ai bien compris (ou appris) une leçon, une théorie sans l'avoir ressortie sous une forme ou sous une autre ? 

Enfin, quelle frustration vais-je ressentir si je décide d'apprendre sans jamais vérifier que j'ai terminé cet apprentissage ? Comment passer une étape sans avoir clôturé la précédente ? 

Partez de Paris pour Toulouse en prévoyant de passer par Limoges et ne regardez aucun panneau, ne vérifiez jamais le tableau de bord de la voiture ni la jauge de carburant et sans jamais vérifié que vous avez ou non dépassé Toulouse et vous prendrez la mesure de l'évaluation. 

L'évaluation donne du sens à l'apprentissage et en fixe aussi la fin, les moyens et l'organisation. 

 

l'évaluation : un acte d'apprentissage - un outil de démotivation

Petit exercice pratique !

Je vous propose ci-dessous une évaluation de connaissances concernant l'objectif pédagogique et l'évaluation. Cet exercice se destine plutôt à un public de pédagogues ou de professionnels de la formation, de l'enseignement tel que vous êtes sans doute. Pour autant, tout le monde peut y répondre (pour le plaisir déjà ou pour l'exercice pour le moins). 

Prenez bien le temps de lire les questions, les choix de réponses, vivez l'instant avec vos émotions d'évalué et notez vos réactions durant et après l'évaluation.. Il y a dix questions pas plus. Vous ne devriez pas rencontrer de grosses difficultés à y répondre !

A la fin, je vous conseille de télécharger les résultats, nous en aurons besoin plus loin !

Voici un lien vers le questionnaire s'il ne s'affiche pas sur votre page Questionnaire d'évaluation

 

Alors ? 

Heureux ? Déçu ? Frustré ? Fâché ? Satisfait ? 

Quelque soit votre réaction, la question est "pourquoi ?" - Qu'est ce qui fait que vous ressentiez ces émotions ? 

Les réponses sont multiples :

- plusieurs questions sont très mal rédigées

- les choix de réponses vous ont induit en erreur

- des pièges étaient présents dans la liste des réponses possibles

- le contexte donné en amont était impliquant en termes de compétences à avoir

- le vocabulaire utilisé dans l'intitulé de l'évaluation était anxiogène

- il n'y a pas eu d'apprentissage en amont, donc pas de cadre précis

 

 Bref, tout était fait pour vous induire en erreur !

Et maintenant ?  

l'évaluation : un acte d'apprentissage - un outil de démotivation

Une règle et quelques conseils pour créer des évaluations en formation

La Règle : le Ni Plus Ni Moins

En formation, l'évaluation, notamment la sommative (celle de la fin d'apprentissage) ne doit vérifier Ni Plus Ni Moins que l'objectif pédagogique !

En matière de conception, c'est la règle d'or à respecter. En effet, le formateur doit concevoir une évaluation en parfaite cohérence avec l'apprentissage réalisé, donc avec son objectif pédagogique. 

Pourquoi ni plus ? 

Tout formateur est ou a été tenté d'insérer dans ses évaluations des éléments préparatoires à une prochaine séance ou encore à vouloir "dépasser" l'objectif fixé. Parfois le formateur dépasse l'objectif car il le juge trop bas au regard de son expérience professionnelle, parfois parce qu'il souhaite montrer aux apprenants des capacités insoupçonnées, parfois par inadvertance, parfois par ricochet de la fameuse constante macabre (https://fr.wikipedia.org/wiki/Constante_macabre)

Pourquoi ni moins ? 

Le formateur, par souci de bienveillance, peut être tenté de proposer une évaluation d'un niveau un peu inférieur à l'objectif pédagogique afin que chacun réussisse. Cela pose une question déontologique en matière de pédagogie mais aussi, cela part du constat que les apprenants ne vont pas s'apercevoir de la différence de niveau de l'évaluation par rapport à l'apprentissage, avec 2 conséquences possibles : le manque d'intérêt à travailler les prochaines séances et un sentiment de dévalorisation du formateur vis-à-vis de ses apprenants !

 

Donc, le formateur doit s'efforcer d'extraire de l'apprentissage les éléments indispensables à évaluer et se contraindre à rester dans la mesure de ces apprentissages en conservant le niveau des critères attendus... voici pour la règle !

 

Quelques conseils de rédaction des évaluations maintenant : (qui devraient faire écho à votre vécu du questionnaire plus haut, aucun des conseils pratiques suivants n'a été respecté !) 

1) Le cadre de l'évaluation

Soyez prudent sur le vocabulaire utilisé : les notions de contrôle, vérification, examen, voire même évaluation sont souvent connotés négativement et générateurs de stress. Préférez une mise en situation finale, un exercice pratique, un point sur les connaissances, une fin de séance... 

Pensez aux conditions de réalisation : seul, dans une salle collective bruyante, pour les exercices pratiques, l'observation d'autres personnes peut générer du stress, quel accès aux ressources ? 

Certains formateurs donnent des temps pour répondre à une évaluation. S'il s'agit d'une mise en condition pour une certification chronométrée, pourquoi pas, sinon quel intérêt ? 

Vérifiez les consignes données et faites-les reformuler par certains apprenants.

2) Concernant la rédaction de questionnaires d'évaluation : (rigueur et simplicité)

- éviter les affirmations absolues "tous les .... sont...."

- éviter les formulations négatives (le cerveau n'aime pas les négations)

- ne pas réunir 2 connaissances dans une même affirmation

- faire des phrases courtes pour vos questions

- donner un élément de contexte s'il conditionne la réponse

Pour les choix de réponse :

  • éviter les réponses pièges
  • limiter les choix de réponses (7 c'est déjà beaucoup)
  • annoncer le nombre de bonnes réponses à cocher
  • homogénéiser les réponses
  • les choix de réponses doivent être cohérents entre eux
  • éviter les indices 
  • abandonner l'envie de faire de l'humour

Enfin, éviter les questions dépendantes les unes des autres et varier les types de questions pour éviter la lassitude : QCM, QCU, vidéo, photos, vrai/faux, appariement... 

3) Pour les mises en pratique : une grille d'évaluation

  • Utiliser des critères OBJECTIFS (personne ne peut les remettre en question)
  • Abolir les cadres de référence (bien, bonne, juste, parfait…)
  • Utiliser des critères mesurés (durée, taille, temps, poids…)
  • Expliquer la grille aux apprenants
  • Les critères sont issus de l’ingénierie, non du formateur
  • Utiliser la même grille tout au long de l’apprentissage
  • Utiliser des champs d’évaluation adaptés (acquis à non acquis, une note, une étoile) – limiter les approximations du type « en partie »
  • Ajouter des zones de commentaires autant que nécessaire
  • Laisser un exemplaire à l'apprenant
     
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